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Perspectives économiques de la France : Le défi du vieillissement de la population

L’élection présidentielle a livré son verdict : Emmanuel Macron est le nouveau président de la République pour les 5 prochaines années. Les défis économiques sont au cœur de son projet qui vise à remettre l’économie française en marche pour abaisser le chômage à 7% de la population active. Quelles sont les perspectives économiques de la France et quelles mesures s’imposent pour réussir ce pari de taille ?

Il s’agit tout d’abord de poser un diagnostic lucide du potentiel de croissance de notre pays. Quand on sait que 3/4 de la richesse créée dans l’Hexagone repose sur les épaules des ménages (55,6% pour la consommation privée) et des entreprises (18,4% pour l’investissement privé), il est primordial de s’intéresser à la structure de notre population et à ses perspectives d’évolution. Comme partout dans le monde, la population française vieillit (moins vite qu’en Allemagne mais plus vite qu’aux Etats-Unis) ce qui réduit son désir de consommation (diminution de la cohorte des superconsommateurs ayant entre 45 et 55 ans) et donc le potentiel de croissance du pays. Au regard de notre ADN, celui-ci se situe aujourd’hui dans une fourchette comprise entre +0,5% et +1,5%. En fonction de la qualité des réformes mises en place par le futur gouvernement, la croissance se situera dans cette fourchette haute ou dans cette fourchette basse. L’enjeu est de taille car si la croissance est seulement de +0,5%, il faudra alors aller beaucoup plus loin dans les coupes budgétaires, nos modèles ayant été construits sur des potentiels de croissance autour de +2,5%…

Ce constat permet de calibrer nos besoins et ainsi de penser des mesures adaptées à ce que nous sommes. A périmètre constant, notre modèle de retraite n’est pas soutenable car construit sur un ratio actifs/inactifs (+65 ans) très supérieur à celui d’aujourd’hui (2,3 en 2017 contre 3,2 en 1980) et encore plus de demain (1,8 en 2030). Le vieillissement ne permettra plus de servir les retraites comme avant même avec un régime de retraite unique : pour faire face à la baisse relative des pensions des séniors, la priorité devra être donnée à l’employabilité des séniors (taux de chômage trop élevé chez les +55 ans), à leur maintien en emploi (plan de reconversion en fin de carrière, formation tout au long de la carrière) y compris lorsque l’âge de la retraite est atteint (cumul emploi-retraite avec par exemple un régime de CDD renouvelable autant que souhaité) à l’image de qui se pratique avec succès dans les pays ayant vieilli avant nous comme le Japon, et à rendre la poursuite de leur carrière financièrement intéressante.

Une réforme du Code du travail s’imposera pour relever le défi de l’emploi, afin de fluidifier le marché du travail et favoriser les embauches (accords par entreprise ou par taille d’entreprises). L’Etat devra jouer son rôle à plein pour mettre les agents privés, ménages et entreprises, dans les meilleures conditions pour créer de la richesse (consommation, recrutements, investissements), en allégeant par exemple les charges des petites entreprises et des indépendants.

Contrairement aux idées reçues, les séniors ne prennent pas les emplois des jeunes. Bien au contraire, l’emploi des jeunes sera favorisé par le travail de leurs aînés : avec un pouvoir d’achat augmenté, les séniors pourront par exemple recourir à des services d’aide à la personne très souvent occupés par des jeunes (les pays où le taux de chômage est le plus faible –Japon, Etats-Unis et Japon-sont aussi les pays dans lesquels le taux d’emploi des séniors est le plus élevé). A cet égard, s’il est nécessaire d’investir aujourd’hui dans l’économie numérique pour moderniser et dynamiser notre économie, il serait également judicieux de se projeter en investissant dans ce qui pourrait être l’économie du futur, à savoir la silver économie.

Autant de défis à relever pour le gouvernement d’Emmanuel Macron afin de faire du vieillissement de la population une force pour l’économie française et ainsi optimiser notre potentiel de croissance.

Pierre Sabatier

Cet article a été écrit par Pierre Sabatier. Lauréat du prix Turgot 2013 du Jeune talent en économie financière, Pierre Sabatier est le président fondateur du cabinet indépendant d’études économiques et financières PrimeView. Ingénieur agronome de formation, il est président d’AgroParisTech Alumni. Il est également membre du Cercle Turgot et du think tank Les Econoclastes.

 

 

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