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Une semaine après la décision de Trump de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris, qui est David ? Qui est Goliath ?

       C’est après l’annonce d’une décision marquée par l’égoïsme nationaliste et le cynisme international, qu’un des plus petits Etats de la terre, les Iles Fidji, va présider la 23ème conférence de la convention sur les changements climatiques. David et Goliath vont refaire un match…

Alors que Trump retire les Etats-Unis de l’Accord de Paris, l’année 2016, la plus chaude du Globe depuis l’observation des températures est jalonnée de preuves de l’accélération du réchauffement climatique. Au pôle Nord, l’augmentation moyenne des températures est deux à trois fois supérieure à celle des autres continents. L’Arctique peut voir disparaitre sa glace en été, dès 2030 ? En Antarctique, un énorme morceau de banquise s’est effondré, le niveau marin est monté, entre 2004 et 2015, 25 % à 30 % plus vite qu’entre 1993 et 2004.

Des scientifiques ont reconnu en avril dernier que « l’objectif international de limiter la hausse des températures à 2°C semble impossible à atteindre en utilisant des technologies raisonnablement accessibles, et c’est même le cas avec des stratégies très sévères et aux ambitions irréalistes de réduction d’émissions ». D’autres considèrent que l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris sur le climat, visant à limiter la hausse moyenne de la température de la Terre à 1,5°C par rapport au début de l’ère industrielle, ne sera pas atteint à la fin du siècle.

La décision de Donald Trump, motivée par une volonté de puissance intérieure dans son pays, dont les institutions solides entravent nombre de ses projets, choque le monde entier. En particulier ses propres concitoyens, les scientifiques et l’ensemble de la société civile. L’impérialisme américain renaît, mais à l’échelle géophysique de la planète. Donald Trump, en choisissant le nationalisme climatique, rêve d’une « américanocène ». Ne nous y trompons pas : l’espérance de la limitation du réchauffement à 2°, base déjà fragile de l’Accord de Paris, est maintenant compromise. Ne parlons même plus des 1, 5°C. On se demande ce que pourra en dire le GIEC, qui se réunit pour la deuxième fois cette semaine pour discuter du rapport dont il doit déterminer la faisabilité et les conditions.

Deux questions prévalent donc une semaine après l’annonce de Donald Trump :

La force des engagements des autre Etats peut elle compenser le retrait des Etats-Unis ?

Il est vrai que les déclarations ont été rassurantes après l’annonce du retrait. La force de la réaction internationale à cette décision, particulièrement celle du Président Macron, de la chancelière allemande, de l’Italie, de la Chine et sûrement de l’Inde permet de penser que l’Accord de Paris, dont l’application peine, redeviendra une priorité politique, et que les engagements seront rehaussés, comme le permet l’article 6 du Traité. Le sommet Chine- Etats-Unis l’illustre. Il ne faut cependant pas dissimuler les faits :

  • D’abord c’est en grande partie à cause des Etats-Unis que l’Accord de Paris est divisé entre un texte de traité, et un texte d’Accord de droit—très souple…Ainsi les concessions ont été déjà faites pour les américains, mais bénéficient aux autres Etats qui en profitent…et on ne peut sévériser universellement les engagements, d’autant que certains signataires étaient très réticents sur l’Accord et ont eu le sentiment de se faire forcer la main. L’Accord de Paris, sans les USA, perd sa force attractive, qui déjà, ne se nourrissait que d’engagements sans sanctions.
  • La Russie, qui représente 5% des émissions de CO2 mondiales et qui n’est pas encore partie à l’Accord de Paris ne sera pas encouragée, sinon à signer l’Accord, puisqu’elle l’a réaffirmé après la déclaration du Président américain, mais à rehausser une ambition déjà faible. Ses ambassadeurs se montrent très prudents. Si elle ne l’appliquait pas, l’Accord de Paris ne serait pas respecté pour un cinquième des émissions mondiales…
  • Etant donné la lenteur de l’abondement financier des Fonds divers, les pays en développement, qui campent sur la responsabilité historique des pays développés, et au premier chef des Etats Unis, responsables à eux seuls du quart des émissions dites « historiques », pourraient conditionner de manière plus étroite leurs efforts aux financements, déjà amoindris. Ne serait-ce qu’en fonctionnement des organisations internationales notamment, par la baisse des crédits internationaux américains.

A ces faits, il faut ajouter la lenteur des négociations, qui s’est illustrée à Bonn en mai dernier. La COP 23, on le sait, sera une session intermédiaire avant celle, cruciale de 2018, qui sera dominée par l’adieu ou pas à cette chimère du 1, 5°C. Mais si on veut garder une dynamique, il sera indispensable de traiter avant les points techniques, qui, sinon, risquent d’engorger la COP 24. Cela sans se laisser envahir par le débat politique autour des Etats-Unis, et des modalités de leur retrait. L’écueil est donc double : celui de l’affrontement politique, surtout en présence des délégués américains, celui de l’enlisement technique, qui compromettrait les décisions de 2018 et de 2020.

Qu’est ce qui peut alors neutraliser le retrait des Etats-Unis ?

D’abord l’effort de la société civile. L’ensemble des représentants des sociétés civiles internationales ont condamné la décision américaine et réaffirmé leurs engagements. Des coalitions internationales se forment. Michael Bloomberg, envoyé spécial des Nations unies pour les villes et le changement climatique, a ouvert cette voie. Il cherche des moyens (15 millions de dollars) pour compenser ce que le secrétariat de l’ONU pour le climat va perdre en raison du retrait de Washington. Sa Fondation réfléchit à la manière de travailler avec l’ensemble de ces acteurs non-étatiques afin de « quantifier formellement leurs actions climat » et de soumettre un rapport aux Nations unies, intitulé « America’s pledge » (l’appel de l’Amérique). Cette quantification serait sociétale, et se rapproche beaucoup de la RESPONSABILITE SOCIALE CLIMATIQUE que nous avons prônée après l’Accord de Paris : « l’on peut dire, autant en ce qui concerne le traité lui-même, que la décision, et aussi bien sûr les engagements spontanés et volontaires, que l’Accord de Paris est la première déclinaison de la « RSC », soit la responsabilité sociale, ou sociétale climatique. C’est pourquoi d’ailleurs beaucoup l’appellent le « Pacte de Paris » .

L’Article 6 de la partie « traité », dite Annexe, de l’Accord pourrait être utilisée dès la prochaine COP, laquelle pourrait décider de revoir à la hausse les engagements des Etats. Certains y sont prêts, et on voit se dessiner, avec la mise en place du Climate Club, l’esquisse d’une application à deux vitesses de l’Accord de Paris, l’une dynamique, l’autre passive. Sauf que les événements climatiques internationaux peuvent changer la donne, en sensibilisant les pays vulnérables ou atteints par des catastrophes…y compris aux Etats-Unis.

Enfin, la négociation se poursuit sur la tarification du carbone, qui n’est pas inscrite véritablement dans l’Accord de Paris, mais qui chemine dans les milieux économiques. Le rapport de la Commission Stern/Stiglitz, publié à Berlin dans le cadre du Sommet Think20, sur la tarification du carbone indique que respecter l’Accord de Paris implique de mettre en place un prix du carbone situé dans une fourchette de 40 à 80 dollars par tonne en 2020 pour atteindre 50 à 100 dollars en 2030. Rex Tillerson, secrétaire d’Etat de l’administration Trump, défendait la tarification du carbone lorsqu’il était encore PDG d’Exxon…on peut espérer qu’il aura à cœur de soutenir une solution purement économique au réchauffement climatique.

Bettina Laville, expert, environnement et écologie

 

Cet article a été écrit par Bettina Laville. Conseiller d’État, Bettina Laville a été conseillère sur les questions d’environnement auprès des deux Premiers ministres Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, et du Président de la République François Mitterrand. Elle a présidé le conseil scientifique de Solutions Cop 21 lors de la Cop 21 et est membre du conseil scientifique de l’Institut Mines Telecoms. Elle est également présidente fondatrice du Comité 21 et directrice de la rédaction de la revue Vraiment Durable.

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